Quelques questions à un spécialiste français du Quantified Self

Pour rappel, le Quantified Self exprime la capture, l’analyse et le partage de données personnelles grâce notamment aux outils de santé connectée. Né aux États-Unis en 2007, cette tendance santé a peu à peu étendu son rayonnement jusqu’en France notamment sous l’impulsion d’Emmanuel Gadenne, un précurseur passionné. Rencontre !

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Bonjour Emmanuel, pouvez-vous vous présenter pour ceux qui ne vous connaîtraient pas encore ?

Bonjour, je suis consultant web de métier mais surtout spécialiste du quantified self . Après de nombreuses années de pratiques et d’études j’ai publié en 2012 le »Guide pratique du Quantified Self » aux éditions FYP éditions. Je suis aussi le cofondateur de « Quantified Self Paris » : un regroupement de personnes qui existe depuis 2011, et qui permet aux auteurs de mesures de données personnelles de se rencontrer autour d’événements plusieurs fois par an. Ces événements réunissent des fabricants, développeurs d’application, distributeurs, chercheurs et des docteurs ayant tous pour point commun d’être intéressés par les problématiques posées par le quantified self.

En tant que spécialiste, vous devez utiliser à titre personnel divers modules pour mesure votre santé, pouvez-vous nous en dire plus ?

J’utilise en effet plusieurs outils de santé connecté. Le premier est une balance connectée que j’utilise tous les matins pour me peser. Cela me permet de surveiller mon poids, mais surtout d’établir des corrélations puisque les données sont envoyées via Bluetooth à une application mobile nommée «  tactio santé ». Cette application est un dossier médical portable et personnel qui fait la synthèse de toutes les données relatives à votre santé : poids, activité (mesurée avec des podomètres connectés), mesure des résultats d’analyses médicales, tension, cholestérol…Un vrai couteau suisse !

Enfin, je suis fidèle au capteur Fitbit one qui en plus des mesures de pas, de calories brûlées de son petit frère le Zip, mesure les étages que l’on monte et possède un module d’analyse de la nuit (heure endormissement, nombre de réveils, qualité de la nuit, réveil).

En quoi la pratique du quantified self à changer votre vie ?

Je pratique en réalité la mesure de données personnelles depuis 2003 dans le but d’améliorer mon hygiène de vie et d’avoir meilleure santé. Au début, je notais dans des carnets ma consommation de tabac, de café, mes heures de sommeil, mon humeur puis je reportais les données sur excel pour déterminer des schémas de corrélation. Ainsi je voyais que si je consommais trop de café, mes nuits étaient moins bonnes. Cela m’a permis peu à peu d’intégrer de bonnes pratiques d’hygiène de vie.

Puis et venu le temps des objets connectés qui ont changé ma vie en me permettant une prise de conscience et d’analyse de mon comportement. A mon sens prendre connaissance de ces données et vraiment un élément déclencheur pour amener l’être humain à agir pour sa santé.

En tant que spécialiste, pensez-vous que le fait de contrôler ses données pourrait amener à des dérives notamment en cas de troubles alimentaires ?

Tout dépend du contexte de la personne concernée.Chez certains patients atteints de troubles alimentaires, les outils de santé connectée sont à bânir alors que chez d’autres cela pourra s’avérer utile.

Prenons le cas de l’anorexie, une fois sur le chemin de la guérison , ces personnes sont suivies par le corps médical qui va leur demander de lâcher prise sur leur poids.Cela passe par le fait d’arrêter de se peser, dans ces cas, l’utilisation d’outils de quantified self est à proscrire.

Au contraire d’autres personnes sont dans un besoin de coaching et d’échanges d’informations. Le fait d’utiliser le quantified self peut aussi booster la personne, lui permettre de voir qu’elle n’est pas seule dans sa démarche.

A final, il faut plus voir ça comme un support de coaching qui aide a créer de nouveaux automatismes et du renforcement positif. Il ne faut pas se focaliser sur la mesure mais sur l’objectif !

Quels objets conseillerez-vous à un novice du quantified self qui souhaite se lancer dans l’aventure ?

Je pense que le produit le plus polyvalent serait le fit bit one, qui est à mon avis le plus complet et le plus à même de vous inciter à une démarche sur le long terme. Un outil comme celui-ci permet d’être plus actif, de suivre votre sommeil,  ou votre alimentation. C’est un très bon produit qui en plus,devient peu à peu grand public notamment grâce à sa dimension sociale. On peut donc imaginer commencer à extraire ses données personnelles à l’occasion d’un challenge avec ses amis ou sa famille.

Enfin Emmanuel, pouvez-vous nous dire si vous partager vos infos avec votre médecin ou si vous les garder pour un usage purement personnel ?

Oui, j’utilise mes données pour partager avec mon médecin. Je vais vous donner un exemple très concret. Je souffre d’un problème au genou qui m’empêche de courir, donc j’ai pris l’habitude de marcher beaucoup. Mon médecin pourrait me rétorquer que comme tout le monde je marche lors de ballades avec mes enfants par exemple. Hors les outils de mesure me permette de lui dire que je marche en moyenne à 5,2 km/heure et que je parcours 2500 km par an. Ainsi mon médecin a une idée réelle de mon activité et peut me dire si le rythme que j’adopte est bon par rapport à mes problèmes au genou et ainsi me conseiller d’adapter mon activité sportive.

Quand je lui ai expliqué que j’avais écris un livre et que j’avais un fitbit ; un médecin du travail que je n’avais pas vu depuis 5 ans a été capable grâce aux données personnelles de faire un état des lieux de là où je me trouvais il y a 5 ans, et de là où j’étais aujourd’hui. Au final ces données mesurées permettent d’avoir conscience des dérives qui s’installent avec le temps. Et comme passé 40 ans, les dérives s’installent vite, il peut être intéressant de les mesurer pour ralentir le processus !

Merci à M.Gadenne d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.

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This entry was posted in Interviews, le 15 mai 2013.

5 Responses to Quelques questions à un spécialiste français du Quantified Self

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  5. Sympa comme blog, merci pour les infos!

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